Historique des Compagnies Méharistes

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Suite : Chapitre 6

CHAPITRE V (suite)

LE SAHARA CENTRAL ET ORIENTAL
PENDANT LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

 

Le général Laperrine est nommé commandant supérieur des Territoires sahariens.

     Les événements de l'année 1916 dans le Tassili, au Hoggar, sur le Niger et. dans l'Aïr ont ému le gouvernement. Le général Lyautey, alors ministre de la guerre, préconise de remédier au manque de cohésion si préjudiciable à la conduite politique et militaire des opérations au Sahara par la création d'un commandement unique pour l'ensemble des territoires sahariens de l'Algérie et de l'A.O.F. (décret du 12 janvier 1917). Ce commandement est confié au général Laperrine.
     Dès son arrivée en mars 1917, celui-ci prescrit de revenir à la méthode qui a si bien réussi quinze ans plus tôt: pas de défensive statique dans les bordjs qui ne doivent être que des magasins mais des tournées, des patrouilles, des contacts étroits avec les populations; des châtiments exemplaires aux rebelles chaque fois que nécessaire, mais sans oublier, que l'ennemi d'aujourd'hui sera le sujet de demain. Et le général donne l'exemple: malgré les suspicions, légitimes ou non, qui ont pesé sur l'aménoukal pendant son séjour en A.O.F., Laperrine accorde à Moussa ag Amastane la plus entière confiance qui se changera en une amitié indéfectible. Cette habile politique porte ses fruits: l'aménoukal prêche l'apaisement et, après les soubresauts de l'oued Ilamane et d'In Eker, les Hoggar font leur soumission. Nous n'aurons plus désormais affaire qu'aux Ajjer ou à des dissidents isolés irrémédiablement compromis (1).

     (1) Comme gage de sa fidélité et de son loyalisme, Moussa ag Amastane demandera en 1918 au général Laperrine de coopérer avec les troupes soudanaises à la poursuite de Khaoucen revenu dans l'Air. Le 19 février avec trois cent cinquante partisans Hoggar et une poignée de volontaires de la compagnie de Tidikelt, il rejoint le sous-lieutenant Nédélec à Ezouzane (SW d'Iférouane) trois jours après avoir livré combat à Khaoucen, à Talarlak (16 février), lui avoir tué vingt hommes et enlevé un fort butin. Après une série d'escarmouches où plus de cinquante rebelles sont tués, Moussa accroche de nouveau Khaoucen à Arakao (1er mars) et le fixe jusqu'à l'arrivée du lieutenant Nédélec qui suit la mehalla des Hoggar. Khaoucen bousculé prend la fuite laissant sur le terrain quinze cadavres, tous ses troupeaux et un convoi de dattes. Pendant deux mois Moussa continue ses patrouilles dans l'Air, nettoie le pays de petites bandes rebelles et reçoit quantité de soumissions. Il quitte l'Air à la fin de mai pour rentrer au Hoggar.

Combat de l'Ilamane (5 avril 1917),

     Le capitaine Masson, commandant la compagnie du Touat, reçoit la mission de battre le massif du Hoggar dans lequel se sont réfugiés de nombreux dissidents touareg. Les montures étant épuisées, il ne parvient à mettre sur pied qu'un détachement de quatre-vingts hommes encadrés par deux sous-lieutenants (Béjot et Constant), trois sous-officiers européens et deux indigènes; le docteur Perrin l'accompagne. Le détachement quitte Fort-Motylinski le 20 mars, passe à Tazerouk et Tamanrasset et arrive le 4 avril dans l'oued Ilamane. La région est montagneuse, pénible; la sûreté de la colonne impose des précautions qui augmentent encore la fatigue déjà grande car, pour épargner les méhara épuisés, tous les déplacements se font à pied.
     Le 5 avril au lever du jour, les patrouilles d'avant-garde sont fusillées à faible distance par les Touareg dissimulés dans des rochers inaccessibles. Sur deux kilomètres de crêtes, cent quarante à cent soixante fusils dominent de toute part le groupe Masson et font pleuvoir sur lui une grêle de balles interdisant toute manœuvre. Le capitaine est grièvement blessé dès le début de l'action mais il se fait porter et, toute la journée, continue de diriger le combat. Ce n'est qu'à la nuit que la fusillade cesse; l'ennemi s'égaille dans la montagne chaotique. Nous avons onze tués, dont le maréchal-des-logis Frimigacci et le jeune saharien Billet, et neuf blessés.
     Peu de jours après, le 14 avril, un rezzou Ajjer enlève cent chamelles à ln Sokki, au sud de Fort-lnifel.

Attaque de la zaouïa de Temassinine (8-9 mai 1917).

     Dans la nuit du 8 au 9 mai, Sultan Ahmoud à la tête de trois cents partisans vient piller le village indigène construit près des puits artésiens de Fort-Flatters et la zaouia de Temassinine. Les 9 et 10 mai, la petite garnison du fort exécute des sorties et refoule les dissidents jusqu'à la zaouia et les canonne.

    

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Combats de Hassi Tanezrouft (12 mai 1917) et de El Heira (Il juin 1917).

     Le 11 mai au matin, une reconnaissance pousse jusqu'à la zaouia (sept kilomètres de Fort- Flatters) et la trouve évacuée. Sultan Ahmoud, en effet, est allé se porter à Hassi Tanezrouft sur la route d'un convoi venant d'Ouargla sous l'escorte de cinquante méharistes de la compagnie saharienne d'Ouargla et de quelques goumiers (maréchaux-des-logis Suau et Cochet). Le 12 mai, le convoi est enlevé, le maréchal-des-logis Suau et huit sahariens sont tués; le maréchal-des-logis Cochet est blessé. Une poursuite tentée par le capitaine Levasseur ne donne aucun résultat. Sultan Ahmoud s'est rapidement dérobé vers Ghadamès et le sud tunisien. Un mois plus tard, le 11 juin, à El Heira à vingt-cinq kilomètres de Bir Kecira (actuellement Bordj Lebœuf, sud tunisien) il attaque un peloton de la compagnie saharienne de Tunisie de garde au pâturage, lui blesse huit hommes, razzie deux cents mehara et en laisse cent autres morts ou blessés. Il perd lui-même trois tués et un blessé.

Combat d'In Eker (15 juin 1917).

     Revenu de l'Aïr, le groupe mobile du capitaine Depommier circule dans le Hoggar. En juin, le sous-lieutenant Lehuraux reçoit l'ordre d'envoyer une patrouille à In Eker porter des instructions à un convoi venant d'In Salah. La patrouille, vingt-trois hommes commandés par le maréchal-des-logis Piétri, arrive sans incident à In Eker et, après cinq heures de marche, campe dans l'Oued In Eker pour laisser passer le gros de la chaleur et faire paître les animaux. Peu après la halte, vers 14 heures, le groupe installé sur une petite butte est assailli par une troupe nombreuse de méharistes et de piétons (Iadhanaren, Kel Toberen, Aït Lohen) armés de fusils modernes. Très maître de lui, le maréchal-des-logis Piétri fait achever les trous individuels commencés et donne à chacun ses instructions. Blessé au poignet il continue cependant à animer la défense avec sang-froid pendant toute l'après-midi. A la tombée de la nuit, l'ennemi tente en force d'escalader la gara. Se rendant compte que sa position devient intenable, le sous-officier ordonne une sortie à la baïonnette: « En avant! A la baïonnette! En avant les enfants « et mourons s'il le faut ».. Deux sahariens tombent mortellement frappés, deux autres grièvement blessés, pendant que la petite troupe dévale la gara en direction d'un massif montagneux qui lui servira de refuge; les hommes y parviennent suivis de loin par leur chef et les blessés qui se traînent. Lemaréchal-des-logis Piétri s'aperçoit alors de l'absence des deux sahariens qu'il n'a pas vus tomber; il s'arrête, les appelle, ne voulant pas les abandonner aux mains des dissidents. Au moment même sa patrouille est fusillée par un groupe ennemi qui, malgré l'obscurité, s'est lancé sur ses traces. Jugeant la situation désespérée, sentant ses forces diminuer, le maréchal-des-logis Piétri donne l'ordre à ses hommes de l'abandonner et de se disperser pour éviter une mort certaine. Mourant de soif et de fatigue, il reste sur place avec un saharien incapable, lui aussi, de se dérober. On apprit plus tard que, prisonnier des rebelles, il fut sommé d'abjurer sa foi et, sur son refus, lâchement achevé.

     L'héroïque combat d'In Eker nous coûtait sept tués et quatre blessés graves. Des renseignements recueillis après l'affaire indiquaient que l'ennemi avait eu un tué et une quinzaine de blessés. Les dissidents, dix fois supérieurs en nombre, avaient brûlé plus de dix mille cartouches pour avoir péniblement raison de la patrouille Piétri.

     Le 2 juillet, à Tadjmout, une patrouille commandée par le maréchal-des-logis Tayeb bel Lahdef s'est détachée d'un convoi à destination de Fort-Motylinski. Elle accroche une bande de cinquante Ajjer qui guettait la caravane, combat courageusement et force l'ennemi à la retraite. Elle a un tué et deux blessés.

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Combat de Tehi n Akli (25 juillet 1917).

     Le 25 juillet, à Tehi n Akli, le groupe Lehuraux (adjudant Plainchamp, maréchal-des-logis Paliaret) et onze goumiers touareg aux ordres de (Boukhellil ag Douka, khalifa de Moussa ag Amastane, attaque la bande qui a opéré à In Eker sous les ordres d'Ebbeuh ag Aghabelli. Les Touareg sont surpris et après une journée de combat s'enfuient dans la montagne où il est impossible de les poursuivre.

Rezzous.

     Les coups de main se succèdent contre les campements soumis et les faibles détachements militaires. Les groupes mobiles puissants sont soigneusement évités et s'épuisent en vaines recherches.

     A la fin de juillet, des Kel Rela dissidents razzient dans le Mouydir les Kel ln Rhar et les Kel Amguid pour les punir d'avoir fourni des éclaireurs au groupe Lehuraux lors de l'affaire de Tehi n Akli.

     En août, une bande d'une cinquantaine d'Iadhanaren provenant probablemenl du rezzou qui s'est disloqué après l'échec de Tehi n Akli vient s'installer dans l'Ahnet où elle pille une caravane venant de l'Adrar et les troupeaux du marabout de Reggan. Le 20 septembre, elle enlève plus de cent chamelles aux Kel ln Rhar.

Photo CROMBE
Le Plateau du Tademaït
(Dessin du Brigadier Le Brazidec - 1914)

     Les 18 et 19 octobre, soixante-dix Ajjer commandés par Brahim ag Abakada enlèvent deux convois entre Merdjouma et Aïn el Guettara sur 1a piste d'Inifel à In Salah (soixante-cinq chameaux de vivres et de matériel divers). Le goum de Ghardaïa chargé de la police dans le Tademaït, fort mal monté, ne peut poursuivre les pillards. Pour la même raison, le détachement du Tidikelt chargé de leur couper la retraite échoue dans sa mission.
     Dans les premiers jours de janvier 1918, un rezzou de trente-cinq Ajjer enlève trois courriers à Tabeloulet, entre El Goléa et In Salah, puis poussant jusqu'au Meguiden razzie deux cent soixante chameaux aux Mouadhi.

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     Une expédition punitive est alors montée avec les Chaamba d'Ouargla (deux cent douze goumiers, onze mokhazenis et dix-sept sahariens de la compagnie d'Ouargla). Elle va razzier dans la hamada du Tirghert cinq cents chameaux, deux cents ânes, quatre cènts chèvres. Treize Touareg sont tués et onze capturés (janvier 1918),

Guet-apens d'Aïn Guettara (1er février 1918).

     Le 31 janvier, deux tracteurs de l'aviation quittent lnifel avec les sous-lieutenants Chandez et Fondet, huit sahariens et un guide. Chargés de rechercher des pistes d'atterrissage, les offiiciers devaient être à Aïn Guettara le 1er février et à In Salah le 2. Mais la bande d'Ebbeuh Ag Aghabelli (cent fusils) sillonne le Tademaït. Depuis des mois des groupes de police (compagnies du Tidikelt, d'Ouargla) et les goums du capitaine lsnard sont épuisés et ne peuvent plus assurer qu'une protection précaire des lignes de communication.
     Le 1er février 1918, Ebbeuh arrive à Aïn Guettara, surprend le poste tenu par huit goumiers, en tue sept et capture le dernier. Aussitôt il s'installe sur une crête rocheuse qui domine la piste en lacets. Quand les tracteurs arrivent, ils sont fusillés à courte distance, tous leurs passagers sont massacrés malgré une héroïque défense (1). Puis les voitures sont pillées et incendiées.

(1) Le nom du sous-lieutenant Chandez a été donné à un bordj d'Ouargla.
Photo CROMBE

Dans le Tademaït

(Dessin du Brigadier Le Brazidec- 1914)

 

Combat de l'Oued Alba (4 février 1918).

     Enhardis par ce succès, les rebelles se portent à la rencontre du gros convoi de ravitaillement (deux cents chameaux) qui, sous la protection de soixante sahariens commandés par l'adjudant Luc se rend d'Inifel au Hoggar par In Salah. Le 4 février, le convoi arrive dans l'Oued Arha où il trouve les traces du parti ennemi. Conscient du dariger qu'il court, il dépêche deux hommes vers le goum du capitaine Isnard pour demander du secours. Mais ses estafettes sont interceptées à quelques kilomètres du camp; l'une est tuée, l'autre vient donner l'alarme ce qui permet à l'adjudant Luc de préparer la défense de son convoi. Il subit jusqu'à la nuit. plusieurs assauts dont un à l'arme blanche mais devant la vigueur de ses réactions, l'ennemi se dérobe vers 2 heures du matin laissant trois cadavres sur le terrain et emmenant ses blessés. Le convoi n'a eu qu'un tué et deux blessés légers. Il arrive le 8 février sans autre incident.

 

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     Le 12 février, quarante méharistes de la même bande viennent tendre une nouvelle embuscade à dix kilomètres d'Hassi el Khenig à deux jours au sud d'In Salah. Un détachement venu du Mouydir pour renforcer l'escorte, les prend à revers et les force à se replier.

Harka dans le Tademaït (mars 1918).

     En mars, la harka de Brahim ag Abakada rentre en scène. Venant du Tassili, elle pénètre dans le Tademaït par l'Oued Messeguem. Le 17, elle est à Hassi Megraouen, le 23, elle surprend les huit goumiers de garde à Fort-Miribel. Le 24, elle tente d'enlever le camp des Chaamba Mouadhi. Ayant échoué, elle se dirige sur El Goléa dans l'espoir de se ravitailler dans le village et les jardins d'Hassi el Gara. Le 27 mars, elle se heurte près de l'Erg Sidi Yahia (cinquante- cinq kilomètres au sud d'El Goléa) à un détachement mixte de tirailleurs et de goumiers aux ordres du maréchal-des-logis Ben Diab de la compagnie du Tidikelt qui la poursuit en vain pendant quatre jours. Pendant ce temps un détachement de cette bande vient razzier les campe- ments du Tidikelt dans l'Oued Souf (au nord d'In Salah) et rejoint le gros à ln Sokki. La harka Brahim nous a coûté une demi-douzaine de tués, patrouilleurs et courriers isolés, elle en a perdu à peu près autant. Ses prises ont été insignifiantes comparées à l'effort fourni et à l'audace déployée.
Photo CROMBE

Dans le Tademaït

(Dessin du Brigadier Le Brazidec- 1914)

 

Contre-rezzou (mars-avril 1918)

     A la même époque, le groupe mobile du sous-lieutenant Girod de la compagnie saharienne de Touggourt se rend en contre-rezzou dans la région d'En Nahia (quatre cents kilomètres à l'est de Fort-Flatters). Du 15 mars au 14 avril, il parcourt un millier de kilomètres sans rencontrer personne. Le sous-lieutenant Girod qui avait brillamment conduit son expédition dans une région particulièrement difficile et mal connue est cité à l'ordre des troupes françaises de l'Afrique du Nord, ainsi qu'un sous-officier et trois sahariens indigènes.
     Pendant le premier semestre 1918, une lutte continuelle est menée par la compagnie de Touggourt contre les contrebandiers qui essaient de ravitailler Ghadamès par le Grand Erg oriental. Citons notamment l'affaire de Dekhlet el Hachi, près de Bir Aouïne (12 avril 1918) au cours de laquelle le maréchal-des-logis Belkacem ben el Ouafi et huit sahariens mirent en fuite des caravaniers dans les bagages desquels on trouva des tracts invitant les indigènes à se révolter contre les Français.  
 En juin, une autre patrouille de la même unité tue un nommé Ouan Titi, déserteur targui du Tidikelt devenu chef de bande.

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Tournée du général Laperrine à Tombouctou (12 novembre 1917-16 avril 1918).

     Dans la région du Hoggar cependant tout était calme. Le général Laperrine escorté par un détachement de la compagnie du Tidikelt entreprend une grande tournée d'inspection. Parti d'In Salah le 12 novembre 1917, il se rend en A.O.F. jusqu'à Tombouctou et rentre au Tidikelt le 16 avril 1918 ayant parcouru quatre mille kilomètres sans autre incident que la capture de quelques Beraber isolés qui fréquentaient des régions soumises certes mais encore frémissantes des événements qui s'y étaient déroulés en 1916 et 1917. C'est à son passage dans le Hoggar que le général Lapperine accorda à Moussa ag Amastane de se lancer contre Khaoucen avec ses Touareg (cf. p. 69, note 1).

Combat de Bir Kecira (15 octobre 1918).

     Le 15 octobre 1918, un peloton de soixante-dix hommes de la compagnie saharienne de Tunisie qui se trouve au pâturage à huit kilomètres au nord-est de Bir Kecira est attaqué au petit jour par une harka de quarante cavaliers et de trois cents méharistes. Vers midi, l'arrivée de secours venus de Bir Kecira met l'ennemi en fuite. Le combat avait été d'une violence inouïe et la façon dont les dissidents avaient manœuvré et organisé un poste de secours et un poste de commandement dont on retrouva l'installation après leur retraite fit supposer que la harka était commandée par des officiers turcs ou allemands. Nous avions huit tués dont un maréchal-des-logis et un tirailleur français, treize blessés dont l'officier-interprète Ragaru, commandant le peloton, et deux mitrailleurs français. L'ennemi laissait de nombreux morts sur le terrain et, au poste de secours, on relevait la trace de vingt-cinq blessés qui y avaient été abrités et pansés.
     On signalait depuis longtemps dans la région de Ghadamès-Derdj et plus au sud vers En Nahio de nombreux campements dissidents qui avaient sûrement fourni des contingents lors de l'attaque de Bir Kecira du 15 octobre. La décision fut prise de les faire contre-attaquer par les Chaamba d'Ouargla. Un contre-rezzou est organisé sous les ordres du caïd M'Hamed ben Kaddour de la tribu des Chaamba bou Saïd : vingt-cinq sahariens de la compagnie d'Ouargla, treize mokhazenis et cent soixante goumiers. Sachant que l'ennemi surveillait la piste de Fort-Flatters, le caïd contourne Ghadamès par l'est; le 16 novembre, il passe à Bir Pistor, enlève une caravane et razzie des campements près de Derdj. Poursuivi, il est attaqué le 17, mais se dégage vigoureusement en conservant ses prises (trois cent quatre-vingts chameaux et quatorze fusils italiens). Il se replie sur le Grand Erg oriental. L'ennemi a dix tués et de nombreux blessés. De notre côté nous avons trois morts et deux blessés.

Colonne de Djanet (octobre 1918).

     A son retour de l'Aïr (1) en juin 1918, Moussa ag Amastane est chargé de coopérer à une expédition contre Djanet décidée par le commandement en représailles des innombrables djiouch qui harcèlent nos troupes depuis très longtemps. Le capitaine Depommier (successeur depuis février du capitaine Duclos à la fête du Tidikelt) qui commande la colonne a bien l'intention de confier à Moussa la mission d'entrer en pourparlers avec Sultan Ahmoud, maître de la situation aux Ajjer. L'aménoukal du Hoggar peut parler d'autant plus haut qu'il vient de montrer sa valeur

(1)Cf. page 69, note 1.

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contre Khaoucen et que la guerre sur le front de France tourne à notre avantage; les Senoussistes le savent bien et on prête déjà à quelques chefs Ajjer (Brahim ag Abakada) l'intention de composer.
     Le 25 août 1918, le capitaine Depommier quitte In Salah avec cent vingt-cinq fusils, passe à Idelès le 19 septembre. Du 5 au 16 octobre, il campe à Ouadenki-Eimeri où il est rejoint par Moussa à la tête de deux cents Touareg et de vingt-cinq sahariens de la compagnie du Tidikelt (adjudant Vella).

    Après avoir opéré entre Admer et Djanet, deux razzias sur des Aït Lohen et des Iadhanaren qui reviennent de l'Aïr avec des prises, la colonne entre le 28 octobre 1918 à Djanet et prend possession de Fort-Charlet (1). L'oasis a été abandonnée par les Ajjer et Sultan Ahmoud a, cette fois encore fui dans le Tassili avec ses fidèles. Mais Moussa réussit à obtenir une entrevue de notre farouche ennemi. Entouré de guerriers, parmi lesquels les assassins du Père de Foucauld, Sultan Ahmoud palabre pendant de longues heures (2). Il promet finalement de cesser les hostilités contre nous et de se retirer au Fezzan.
     Mais à peine la colonne avait-elle quitté Djanet (9 novembre), les sahariens, reprenant le chemin d'In Salah (3) et le goum Moussa celui du Hoggar, que Sultan Ahmoud lançait de nouveau ses bandes contre nous.Malgré les engagements pris, il harcèlera nos postes et nos détachements pendant deux ans encore.

(1) A la suite des opérations du Djanet, le général commandant les Troupes françaises de l'Afrique du Nord citait la compagnie du Tidikelt dans son ordre du jour n° 157 qui attribuait la Croix de guerre avec étoile de vermeil :

    « Compagnie saharienne d'élite. A, depuis sa création, assuré l'emprise de la domination française sur tout le Sahara central par l'activité incessante de ses chefs, le dévouement inlassable de ses hommes; a rempli, malgré de très grosses difficultés, la tâche qui lui était confiée. Depuis le début de la mobilisation, sous le commandement des capitaines Duclos et Depommier, a assuré la répression des troubles dans le sud tunisien, le Tassili des Ajjer, le Hoggar, l'Air et l'Adrar des Ifoghas. A rétabli l'ordre dans ces régions et ramené à nous les tribus touareg qui avaient fait défection. A livré de nombreux et meurtriers combats au cours desquels les Sahariens de tout grade de cette unité se sont montrés comparables à leurs camarades combattant sur le front de l'Europe ».

    Pour la guerre 1914-18, les historiques des compagnies sahariennes qui ont pu être retrouvés (Tidikelt, Ouargla, Touggourt) font mention de soixante-sept tués, quatre légions d'honneur, onze médailles militaires, deux cent vingt-deux citations.
    (2) L'adjudant Vella, soigneusement déguisé, assistait à 1'entrevue avec ce fanatique qui avait juré de mourir sans revoir un chrétien.
    (3) Le capitaine Depommier rentra à In Salah le 14 décembre 1918 pour y trouver le général Laperrine partant en tournée d'inspection dans l'Air. Après être allé jusqu'à Agadès accompagné par un petit détachement du lieutenant Brunet, le général était de retour à Fort-Motylinski le 16 avril 1919. De là, il décida de rentrer à Ouargla par les Ajjer. Son escorte fournie dès lors par le lieutenant Giraudy, le commandant supérieur des Territoires sahariens gagna la plaine d'Admer. Dans le Tassili, au camp du lieutenant Guieu, de la compagnie d'Ouargla, il obtint enfin la soumission de Brahim ag Abakada et l'investit Amghar des Ajjer. Le général Laperrine se dirigea ensuite sur Fort-Polignac abandonné depuis 1916, passa à Fort-Flatters et atteignit Ouargla le 23 juin 1919, ayant parcouru plus de quatre mille cinq cents kilomètres en sept mois.

Attaque du pâturage de Fort-Polignac (9 juin 1920).

     Le 9 juin 1920, les dix sahariens du brigadier Kaddour ben Habib, de garde au pâturage près de Fort-Polignac, sont attaqués à la tombée de la nuit par soixante-dix dissidents. La courageuse résistance du brigadier permet aux renforts de l'adjudant Comères envoyés du bordj par lelieutenant de Lespinois d'arriver et de mettre les rebelles en fuite. Nous avions un tué et deux blessés graves, l'ennemi un tué aussi et sept blessés.

Réoccupation de Djanet (20 juillet 1920) - Combat d'Assakao (27 juillet 1920).

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      La situation trouble que les bandes fellaga entretiennent en pays Ajjer impose une nouvelle expédition. En juin 1920, le commandant Sigonney, commandant militaire du territoire des Oasis, forme une colonne avec laquelle il reprend la direction de Djanet. Les Touareg Hoggar aux ordres de l' adjudant Vella rejoignent cette colonne en cours de route et coopèrent avec elle. Fort-Charlet est réoccupé le 20 juillet 1920. Tandis que la colonne Sigonney regagne le nord, l'adjudant Vella reçoit la mission, seul Français avec cent quarante Hoggar et trente sahariens du Tidikelt de relancer la harka de Sultan Ahmoud qui tient le Tassili. Le 27 juillet 1920, en plein midi, dans les gorges chaotiques de l'Assakao le groupement Vella, qui pourchasse l'ennemi depuis plusieurs jours, est attaqué par deux cent cinquante Ajjer. Au prix de dix tués et quinze blessés, il bouscule rudement ses adversaires qui abandonnent vingt-trois morts et un important butin.
     Quelques mois plus tard, le 7 octobre, une vingtaine de sahariens du groupe mobile des Ajjer atteignent au-delà du col de Tafelalet sur la route de Ghat des dissidents à la solde de Sultan Ahmoud qui ont opéré à Djanet contre un campement soumis. Les pillards perdent cinq tués et de nombreux blessés dont El Madani, assassin du Père de Foucauld. Ils laissent entre les mains de leurs poursuivants une petite fille qu'ils avaient enlevée à Djanet, onze chameaux et tout leur armement.

     C'est en cette fin de l'année 1920 que les bandes dissidentes quittent définitivement notre territoire. Leur départ permet de ramener sous notre autorité les dernières fractions Ajjer encore hésitantes .
vers le début du Chapitre 5

Photo:"THIRIET"
Méhariste targui

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