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Historique des Compagnies Méharistes |
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Suite : Chapitre 3
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Alors que notre pénétration
dans le Sahara central se poursuivait sans combats depuis 1903 malgré la proximité
des rebelles Ajjer, il n'en allait pas de même dans le sud oranais. L'occupation
du Gourara avait nécessité de grosses colonnes. Notre détermination de nous
installer définitivement au Touat et dans les vallées de la Saoura et de la
Zousfana gênait considérablement les Ouled Djerir, Doui Menia et Beraber qui,
de tout temps, avaient tenu les habitants des oasis pour taillables à merci.
Ceux-ci, fellahs miséreux, voyaient périodiquement leurs palmeraies razziées;
quant aux caravanes des Hauts Plateaux, elles ne voyageaient jamais en sécurité.
Nos convois et nos postes eux-mêmes n'étaient pas à l'abri des attaques et des
coups de main. Après leurs pillages, ces coupeurs de routes s'évanouissaient
dans les ergs et les montagnes pour regagner ensuite le Tafilalet; parfois ils
se lançaient en rezzous jusqu'au Soudan fournisseur d'esclaves, à travers les
ergs Iguidi et Cheche. Il ne pouvait être question de les poursuivre avec des
tirailleurs et des spahis même montés.
C'est en 1902 qùe les compagnies sahariennes du
Gourara et du Touat sont créées et organisées, la première est commandée par
le capitaine Dinaux, la seconde par le capitaine Flye Sainte Marie. De même
que la compagnie du Tidikelt, elles relèvent du commandant Laperrine, commandant
militaire du territoire des oasis sahariennes qui réside à Adrar.
Aussitôt commence le travail d'exploration des zones d'action. En 1902, le lieutenant Niéger, du Touat, reconnaît le puits d'Inifeg. Ce point d'eau très important est un passage presque obligé pour les rezzous marocains qui visent le Touat ou l'Ahnet. A nos troupes, il va servir de base de départ pour la reconnaissance du Menakeb dans l'Erg Iguidi sur le chemin Maroc-Soudan.
Escorté de son Makhzen, le capitaine Regnault, chef de l'annexe de la Saoura, ne cesse de patrouiller à la recherche de djiouch insaisissables. En avril 1903, il reconnaît l'Erg er Raoui, les puits deTinoraj et de Noukhila, et pousse même jusqu'à l'oasis de Tabelbald, importante étape des Beraber sur la route du Soudan.
Le 16 juillet 1903, à 3 heures du matin, un rezzou d'au moins deux cent cinquante Beraber se jette à l'improviste sur un détachement de cinquante hommes du Touat commandé par le sergent Frimigacci, de garde au pâturage à Hassi Rhezel, à quatre-vingts kilomètres au nord d'Adrar. La surprise est complète. Beaucoup d'hommes sont de jeunes engagés à peine instruits. Bien que surpris de nuit par un ennemi cinq fois supérieur en nombre, ils se battent avec cohésion et discipline et, pour avoir raison d'eux, les Beraber doivent incendier les buissons de tamaris derrière lesquels ils se sont retranchés. Nos pertes sont sévères: dix-sept sahariens indigènes et deux caporaux français (André et Duchène) tués. Celles de la harka sensiblement égales: dix-huit tués. Le rezzou réussit à prendre quatre-vingt-cinq chameaux et file vers l'ouest, emportant ses nombreux blessés. Le capitaine Regnault, à qui ce rezzou a été signalé le l2 juillet, s'est le lendemain porté avec son makhzen (trente cavaliers et quinze méharistes) jusqu'à Kerzaz. Là, il demande au lieutenant Durand, de la compagnie saharienne du Gourara, installé à Hassi ben Tayeb, de se joindre à lui pour poursuivre la harka. Le 18, une patrouille relève les traces des Beraber à Oguilet Mohamed mais rien ne laisse supposer qu'ils ont opéré à Hassi Rhezel. Le 21, ignorant encore le massacre, le capitaine Regnault avec un groupe de cinquante-cinq méharistes et trente cavaliers se porte dans l'ouest à toute vitesse malgré une chaleur torride et un terrain extrêmement difficile il entre dans l'Erg el Atchane, passe à Hassi Touil et à Oguilet Mohamed " où il trouve les traces de l'ennemi revenant vers le nord avec de nombreux chameaux et largement approvisionné en cartouches car il fait des tirs à la cible» (1). Sans repos, jour et nuit, la poursuite continue jusqu'au 24 juillet au soir : il a presque rejoint la harka après une course de plus de trois cents kilomètres. Pour éviter un combat de nuit, il décide d'attendre le lendemain.
« Dans la nuit, le capitaine, laissant chevaux et méhara bien en arrière pour éviter tout bruit, s'avance avec cinquante hommes répartis en trois groupes et occupe les dunes qui dominent le point d'eau de Noukhila où le rezzou est campé. Aux premières lueurs du jour, l'attaque est prononcée. Mais l'ennemi est en force (environ cent soixante-dix fusils) et bien armé (il a des Lebel tandis que le makhzen n'a que des fusils Gras). Après un moment de surprise, il se ressaisit et la situation devient critique pour les Français qui doivent battre en retraite sur leur convoi menacé puis sur Ben Irouz à vingt-sept kilomètres en arrière car il faut de l'eau, la chaleur est torride et le vent souffle en tempête, On emmène trente-huit chameaux enlevés au rezzou dont dix-sept venant d'Hassi Rhezel.
« Le lendemain une patrouille se porte sur le lieu du combat: le rezzou a disparu 1aissant onze cadavres (enterrés) et quarante chameaux morts mais il avait emporté beaucoup de blesssés (une quarantaine). Il se replie sur la Daoura et fait le partage du butin dans l'Erg M'riti.
"Nous avons dix tués et quinze blessés. Nous avons perdu en outre deux chevaux et six carabines enlevées. Ce n'est pas moins un réel succès et l'affaire d'Hassi Rhezel est vengée."
On pouvait croire que la leçon de Noukhila aurait calmé les Beraber au moins quelque temps. Il n'en fut rien. Le mois d'août a vu le plus gros effort qui ait été tenté contre nos postes par les tribus des confins algéro-marocains depuis l'attaquè de Timimoun en 1901. Doui Menia, Ouled Djerir, Chaamba de Bou Amama , Berabèr, ksouriens d'Ain Chair et de Mogheul se réunissent dans la région de Bou Denib en une harka de huit mille personnes dont quatre mille guerriers bien armés sous le commandement du Chérif Moulay Mustapha du Tafilalet. On pense qu'un gros convoi de mille cinq cents chameaux qui doit partir sur Beni Abbès est leur objectif. Le départ du convoi ayant été annulé à la suite de renseignements précis sur ce rassemblement, c'est notre poste de Taghit qui subit l'assaut de la horde. Mais le capitaine de Susbielle, chef de l'annexe de la Zousfana, est sur ses gardes et il a le temps de faire occuper la grande dune et l'éperon qui surplombent dangereusement le bordj sur les deux rives de l'oued Zousfana. La garnison dont l'effectif total est inférieur à trois cents hommes comprend la 7e compagnie du 2e Tirailleurs algériens (capitaine Guibert), un peloton de la 5e compagnie du 1er Bataillon d'Afrique (capitaine Mariande) et le makhzen de Taghit (lieutenant de Ganay).
Le 17 août, une attaque venant de la Zaouia Tahtania est facilement repoussée; le 18, le lieutenant Pointurier, commandant la 22e compagnie montée de Légion étrangère arrive en renfort des assiégés avec quelques hommes. Une attaque plus sérieuse est ençore arrêtée. Mais le 19, l'assaut est général, le poste de la grande dune tombe et les tireurs ennemis font du tir à la cible dans la redoute. La ruée est encore repoussée grâce à l'appui de deux canons de montagne mais l'ennemi ne lâche pas la grande dune. Les tirailleurs et les "bataillonnaires" font des sorties qui donnent lieu à des corps à corps furieux dans les jardins de la palmeraie. Le soir du 19, le lieutenant Fornier de Lachaux arrive d'Igli avec quarante cavaliers du makhzen de Beni Abbès et le lendemain il parvient à rejoindre les assiégés. Ce jour-là, la harka qui a subi des pertes énormes renonce à enlever Taghit et se retire. La garnison héroïque qui a tiré cent trois coups de canon et soixante-quinze mille coups de fusil a eu neuf tués et vingt-et-un blessés.
La défense de Taghit n'a d'égale dans les annales de l'Armée d'Afrique que la défense du marabout de Sidi Brahim par les chasseurs à pied.
Un mois après l'affaire de Taghit, le colonel Lyautey est nommé commandant de la subdivision d'Ain Sefra; il rejoint le 1er octobre. Aussitôt, il s'attaque au problème de la sécurité de nos communications et de nos postes. Des éléments très légers patrouillent sans arrêt dans les zones de passage habituelles des djiouch et rezzou. La transmission rapide des renseignements aux troupes d'intervention est soigneusement organisée. La construction de la ligne télégraphique Beni Ounif-Taghit est entreprise. Dès novembre 1903, Lyautey fait occuper Beohar, repaire des bandits qui menacent perpétuellement nos convois empruntant la vallée de la Zousfana. Puis il obtient la création des unités suivantes; deux compqgnies d'infanterie montées à mulet, la compagnie saharienne de la Saoura (22 avril 1904), la compagnie saharienne de Colomb (7 juin 1904).
Il est temps de renforcer notre défensè car si l'année 1904 n'a pas vu se former de grandes harkas comme en 1903, le harcèlement de nos troupes et des tribus soumises s'intensifie dans la région de Bechar et de la Saoura.
Le 16 janvier, une patrouille de dix mokhazenis de Beni Abbès est attaquée à Bou Maoud par les Beraber. Elle parvient à décrocher mais un mokhazeni est tué. Le capitaine Regnault se jette en vain à la poursuite du djich avec cinquante cavaliers.
Le 3 mars, le courrier du sud est attaqué à Tofdtitle; un cavalier est tué et une patrouille du makhzen à cheval ne peut atteindre les assaillants.
Le 10 avril, un rezzou de soixante méharistes Aït Khebbach tombe à Marhouma, près de Beni Abbès, sur les harratin faisant la moisson: deux tués, trois blessés, quatre prisonniers. Le lieutenant de Lachaux avec quarante cavaliers du makhzen se lance sur les traces et atteint les fuyards au Kheneg el Dol dans la nuit du Il. Le rezzou établi sur les crêtes du défilé oblige le makhzen à se replier. A l'aube, nouvelle attaque sans succès. Le rezzou se dérobe en abandonnant un mort.
Pour riposter
à ces attaques, le commandant Pierron, commandant
supérieur du cercle de
Colomb, organise un contre-rezzou chez les Aït Khebbach. Avec quarante-cinq
cavaliers et soixante-dix méharistes des makhzens de Colomb, Taghit et Beni
Abbès et quelques Doui Menia ralliés, il part d'Igli le 22 avril. Aux environs
de Taouz, 'il razzie des campements Ait Khebbach et Ouled Djerir, leur enlève
trois cents chameaux avec lesquels il rentre à Igli le 30.
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Après cette razzia, les Doui Menia qui y ont pris part rentrent dans l'Oued G'uir quand ils sont attaqués au Chabet Kerkour par les Beraber qui leur tuent cinq hommes, en blessent plusieurs dont deux caïds et enlèvent trente-cinq chameaux. Rapidement informé, le comandant Pierron qui est encore à Igli repart en campagne avec les makhzens de Colomb (lieutenant Canavy) et de Beni Abbès (lieutenant de Richard d'Ivry) et une compagnie montée. Il atteint les agresseurs à Oglet Berda et après un rapide combat leur reprend non seulement les chameaux volés mais une quarantaine de leurs montures.
La compagnie de la Saoura est en pleine organisation à Beni Abbès sous les ordres du capitaine Martin quand, le 17 octobre 1904, un rezzou d'une cinquantaine d'hommes tombe sur le ksar de Zguilma à quinze kilomètres de Beni Abbès. Il ne peut y prendre que trois chameaux et retraite aussitôt vers l'ouest. Une patrouille de cavaliers de la compagnie se lance à sa poursuite mais elle a été prévenue trop tard et sa course est vaine.
Peu après, c'est avec
cent quarante de ses méharistes que la jeune compagnie de la Saoura participe
encore sans succès à la poursuite d'un rezzou. Voici le récit que le commandant
Augiéras (l) fait de cette affaire.
« Dans les derniers jours de novembre, un fort
rezzou (soixante méharistes Chaamba de Bou Amama et soixante-dix piétons Beraber)
formé des plus redoutables pillards et armé de fusils à tir rapide pénètre dans
le grand erg au nord de Taghit. Le 11 décembre,il tombe à Hassi Ouchen sur une
patrouille de la compagnie saharienne du Gourara qui doit battre en retraite
en laissant cinq prisonniers entre les mains du rezzou. Deux jours plus tard,
une caravane de Géryville est pillée et perd quarante tués et un millier de
chameaux.
« Aussitôt toutes les troupes de Beni Ounif,
de Colomb, de Taghit, de Beni Abbès et de Timimoun sont alertées et, pendant
vingt jours, c'est une véritable chasse au rezzou qui échappe toujours grâce
à la rapidité de ses déplacements. Un groupe de la compagnie du Gourara (lieutenant
de Belenet) traverse entièrement le Grand Erg, du Tinerkouk à la Zousfana. La
compagnie saharienne de la Saoura (soixante cavaliers et soixante-treize méharistes),
renforcée par des détachements de passage {méharistes du Gourara sous les ordres
du lieutenant Rousseau et méharistes du Tidikelt, sous les ordres du lieutenant
Voinot) , se concentre à Igli sous le commandement du capitaine Martin.
« Cependant, le rezzou, traqué de toutes
parts, est sorti de l'erg et traverse à toute allure le cercle de Colomb. Le
31 décembre, il est accroché à la Garet Douifa (nord de Méridja) par la cavalerie,
mais il réussit à se décrocher pendant la nuit après un combat indécis, l'infanterie
n'ayant pu rejoindre à temps.
« Les méharistes n'arrivent sur le lieu
du combat que le 3 janvier 1905:
« Après un mois de marche et de contre-marche,
toutes les troupes sont épuisées. ~
Un djich de huit hommes enlève à Guerzim un troupeau de chèvres et de moutons. Une patrouille de sept méharistes de la Saoura se lance à sa poursuite et l'atteint près de Tinoraj ; après un échange de coups de fusil, il s'échappe mais il est accroché de nouveau la nuit. Son chef, un Ait Khebbach est tué.
(1)Augiéras-loc.cit
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La compagnie du Touat que commande toujours le capitaine Flye Sainte Marie continue la reconnaissance de sa zone d'action qui s'étend à l!ouest du Touat et de l'Oued Messaoud. La carte de cette région, ergs Iguidi et Cheche, n'a jamais été faite. René Caillé et Oscar Lenz ont donné sur elle des renseignements vagues et difficilement exploitables. Or, le Sahara occidenl est une zone généralement riche en pâturages et de nombreuses tribus dissidentes la fréquentent ; elÏe est aussi sur la route du Sud marocain au Soudan qu'empruntent les rezzous. Il est absolument nécessaire de se familiariser avec elle.
C'est pourquoi le capitaine Flye Sainte Marie entreprend la reconnaissance de l'Erg Iguidi et du plateau des Eglab.
Le 31 octobre 1904, il quitte Adrar avec qutre-vingt dix méharistes commandés par les lieutenants Niéger et Mussel. Le médecin aide-major Taillade accompagne le détachement qui traine avec lui un lourd convoi de soixante-dix chameaux portant vivres et munitions.
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Photo CROMBE Hassi Fouinar el Daklani (Dessin du Capitaine Flye Sainte Marie 1904) |
La colonne se porte sur Hassi Inifeg que le lieutenant Niéger a reconnu en 1902; le 13 novembre, elle est à Bou Bernous dans le Menakeb. Le capitaine Flye Sainte Marie fait rechercher les nombreux points d'eau de cette région par des patrouilles. Puis, suivant la lisière sud de l'Erg Iguidi, il gagne Bouboule et El Ghers, puits importants de l'Ouahila; il identifie aussi Grizimat et Oum el Gueddour. Dans le Regbat de l'Iguidi, il passe à Oglet Yacoub. De là, le chef de la reconnaissanc décide de pousser plus à l'ouest en direction de Tindouf, capitale des caravaniers Tadjakant et le 3, il atteint Aouinet Legraa, belle source agrémentée d'un bouquet de palmiers. Ce point, visité la première fois par Lenz ne sera vu de nouveau qu'en 1914 par le capitaine Mougin. Au retour, le détachement passe à Oglet Yacoub, traverse le plateau des Eglab, abreuve à Chenachane, franchit le Reg Aftout, repasse à Bou Bernous et, par la piste directe d'Arigat el Fersig, rentre à Adrar le 9 janvier 1905.
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Photo CROMBE Oguilet el Fras (Dessin du Capitaine Flye Sainte Marie 1904) |
La reconnaissance Flye Sainte Marie qui a parcouru deux mille trois cents kilomètres en pays inexploré est une des plus belles qui aient été faites au Sahara. Les officiers qui y ont pris part rapportent des renseignements de grande valeur et notamment un levé d'itinéraire dû surtout au lieutenant Niéger; cet officier est un maître en matière de topographie et les travaux sahariens qu'il a laissés ont longtemps fait autorité. Dès réception de son levé, le ministre de la Guerre décide de le nommer hors tour au grade de chevalier de la Légion d'honneur (il était inscrit au tableau depuis sa tournée de 1904 avec le commandant Laperrine). Le capitaine Flye Sainte Marie et le lieutenant Mussel recevaient les félicitations du ministre de la Guerre par la voie du Bulletin officiel et une lettre d'éloges du ministre de l'Intérieur tandis que le maréchal-des-logis Gilles était inscrit au tableau de concours pour la médaille militaire. Enfin tout le détachement se voyait conférer la médaille coloniale avec agrafe " Sahara ".
En 1905, les habitants de la vallée de la Saoura sont encore la proie de plusieurs djiouch venus de l'ouest.
L'un d'eux se heurte à Taouerta à une patrouille de douze cavaliers du brigadier-fourrier César, de la Saoura (9 août 1905). Il a un tué tandis que deux sahariens sont blessés.
Une patrouille de sahariens qui recherche des renseignements sur un rezzou signalé dans la région de Tabelbala, rencontre un djich près de Bou Maoud. Au cours du combat, un sabarien est tué.
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La vallée de la Saoura n'est pas le seul objectif des rezzou qui s'en prennent aussi à la région du Guir et de Colomb-Bechar où un terrain montagneux leur permet d'échapper aux poursuivants. La Chebket Mennouna est leur refuge préféré; c'est une zone tourmentée, ravinée de gorges profondes, très difficile à parcourir et encore mal connue. C'est pourquoi le lieutenant de Mas-Latrie est chargé d'en reconnaître au moins les grandes lignes et les points d'eau. Il quitte Colomb-Bechar le 23 août 1905 avec quarante sahariens de la èompagnie de Colomb et les quarante tirailleurs du lieutenant Roger (2e R.T.A.).
Le 27 août, le groupe part de Gueltet el Atrouss pour Sfaia. A huit heures et demie, les éclaireurs signalent de nombreuses traces de piétons se dirigeant vers le puits de Gueltet Ahmed ben Salah. Malgré unee chaleur torride rendue encore plus pénible par un violent siroco, le lieutenant de Mas Latrie entreprend la poursuite qui le mène jusqu'aux dunes de l'Oued Gharaf. A 15 heures, le groupe compact du djich est aperçu à quatre-vingts mètres: il ne se garde pas et le vent de sable a facilité l'approche des sahariens et des tirailleurs. L'attaque est brutale, la surprise totale chez l'ennemi qui se débande sous le feu mais en quelques minutes tout est réglé: un djicheur parvient à s'échapper mais les vingt-six autres sont tués; la plupart de ces bandits étaient armés d'excellents fusils Remington. L'affaire de Gueltet Ahmed ben Salah (1) eut un retentissement considérable dans la région.
(1) Elle valut la Léaion d'honneur au lieutenant de Mas Latrie et la Médaille coloniale à son détachement.
En 1906, la compagnie de la Saoura poursuit la reconnaissance de sa zone d'action. Du 17 février au 1er mars le capitaine Martin avec trois pelotons méharistes (lieutenants d'Ivry et Cauvin, adjudant Sabon) et un peloton de mitrailleurs (adjudant Henriot) se rend à En Nahia, Tinoraj; il atteint pour la première fqis l'Oued Daoura et rentre par El Hameida, Zeghamra et Ougarta. .
Entre le 12 juin et le 2 juillet, il va avec le lieutenant Besse à Tinoraj où il rencontre le peloton du lieutenant Cancel, du Touat. Le 18 juin, il entre à Tabelbala en même temps que les tirailleurs du groupe franc du lieutenant Fischbach venus à pied de Beni Abbès. Les deux pelotons méharistes font ensuite liaison à Azrar avec le peloton de l'adjudant Sabon et tous réunis reconnaissent le point d'eau de Sobti. Cette tournée a permis de rapporter d'importants renseignements géographiques sur les régions visitées.
« Une harka de cinq à six cents hommes (Ouled Djerir, Ait Atta) et trois cents chameaux s'avance sans être signalée dans le massif montagneux de Bou Maoud, passe à El Kseib, vers En Nahia et franchit la Saoura le 13 août à Tafdtitle. Son intention évidente est d'attaquer les pâturages de la Saoura à Fokra.
" Au reçu de la nouvelle à Beni Abbès, un courrier rapide porte au lieutenant Besse, chef du pâturage de Fokra, l'ordre de replier la smala sur Beni Abbès et de se porter vers le sud avec quatre-vingts méharistes pour chercher la harka, tandis que le groupe du Touat, alors dans l'erg près de Timmoudi, est avisé.
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« Le lieutenant d'Ivry, commandant provisoirement la compagnie, se porte sur Agdal (Aguedal) où il apprend que la harka, qui a dû se perdre dans l'erg, est ressortie en grand désordre, que les hommes assoiffés se jetaient dans les mares salées de l'oued et que la bande s'est repliée dans la montagne où elle est encore. Mais le lieutenant a seulement dix hommes sous la main et ne peut profiter de ces circonstances favorables pour attaquer aussitôt.
« Cependant, le lieutenant Besse avait vainement cherché la harka et, sans nouvelles,s'était replié sur Fokra où il reçut trop tard l'ordre de venir à Agdal. La poursuite était manquée.
« Peu après, cent soixante-dix méharistes du Touat (capitaine Flye Sainte Marie) arrivent à Ougarta, mais trop tard (1) : la harka est partie depuis plusieurs jours pour Barbouchi d'où elle se replie sur Reffaia en perdant quutre hommes morts de soif. Devant l'inutilité de la poursuite manquée deux fois par suite des difficultés de communication, le capitaine Flye se porte sur la région de Tabelbala et rentre par Oguilet Mohammed.
« Pendant ce temps, un détachement de cinquante cavaliers et cinquante tirailleurs commandé par le lieutenant Rousseau, parti de Colomb-Bechar le 14 août arrive à Beni Abbès le 18, et des cavaliers poussent une pointe sur Zeghamra. Ce renfort, malgré l'extrême rapidité de sa marche, arrive trop tard (2). »
(1) Le capitaine Flye était malade et avait fait la route à grand peine.
(2) Augiéras - Loc. cit.
Le 11 octobre 1906, trois méharistes du Touat sont surpris à El Kseib, au sud d'Ougarta par un djich de quatorze Beraber. Deux d'entre eux sont tués, dépouillés et abandonnés sur le ter rain; le troisième, blessé, est emmené prisonnier puis achevé.
Le 7 novembre, une patrouille de la Saoura est attaquée au Chabet Kerkour par un ennemi supérieur en nombre.
Trois jours plus tard, une autre de cinq méharistes est surprise de nuit entre El Aouedj et Igli par un djich de Beraber et d'Ouled Djerir. Celui-ci après avoir mis la sentinelle hors de combat, s'empare des montures et réussit à échapper à la poursuite des lieutenants Besse et de Lachaux.
Tous les renseignements concordent pour donner les habitants de Tabelbala comme complices des nombreux djiouch qui harcèlent la Saoura. Aussi le capitaine Martin, commandant la compagnie, obtient-il d'aller en représailles dans l'oasis.
« On constitue donc une forte colonne avec du canon. Le capitaine Martin prend le commandement de l'opération. Une colonne se porte directement de Beni Abbès sur Tabelbala avec quatre-vingt-dix méharistes de la Saoura (lieutenants Cauvin et Besse) et cinquante tirailleurs ; le médecin aide-major Perrin et l'interprète Gognalons prennent part à l'expédition. En même temps un groupe mobile du Touat comprenant quatre-vingts méharistes (lieutenant Laumonnier) part d'Ougarta et contourne Tabelbala. Les deux colonnes se réunissent à Mouila avec deux cent vingt-cinq fusils et approchent de Tabelbala par une marche nocturne. A la pointe du jour, on envoie quelques obus dans les ksour dont les djemaâ se présentent immédiatement (1). »
Le capitaine Martin fait détruire les approvisionnements en vivres et confisquer quelques armes.
(1) Augiéras - Loc. cit.
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La leçon aurait pu être beaucoup plus sévère si les troupes qui étaient alors à Tabelbala avaient pu poursuivre une grosse caravane signalée non loin de l'oasis mais les ordres formels qu'avait le commandant de la compagnie de la Saoura lui interdisaient toute action à l'ouest de Tabelbala.
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Le commandant militaire du territoire des Oasis qui a prescrit la grande tournée Flye Sainte Marie dans l'Iguidi (février 1905) tient à faire lui-même une autre démonstration à travers le Sahara occidental. Il entend donner la preuve de la mobilité des troupes sahariennes capables, en liaison avec les Coloniaux, de poursuivre les rezzous qui, du Maroc, vont piller le Soudan et rançonner les énormes caravanes bi-annuelles de l'Azalaï entre Tombouctou et Taoudenni. La route la plus courte du Touat au Soudan passe par l'Erg Cheche; autrefois très fréquentée, elle est complètement abandonnée et le lieutenant-colonel Laperrine a les plus grandes difficultés à recruter un guide qui connaisse l'itinéraire Adrar-Taoudenni. Son intention est de gagner directement les mines de sel en partant du Touat mais, faute d'avoir reçu l'autorisation ministérielle nécessaire pour entrer en A.O.F. il décide de se mettre quand même en route et de traverser l'Erg Cheche au retour quand la permission lui sera parvenue.
Le lieutenant-colonel Laperrine constitue donc un détachement de soixante-quinze méharistes encadrés d'officiers dont les noms sont déjà connus: les lieutenants Niéger, Mussel, Laumonnier. Leurs subordonnés sont le maréchal-des-logis Frimigacci, celui d'Hassi Rhezel, et le maréchal-des-logis Lazennec. Tous deux sont décorés de la médaille militaire pour faits de guerre.
Outre les montures, la colonne se compose de soixante-dix chameaux de bât portant vivres et munitions de réserve et huit tonnelets métalliques destinés au transport d'eau. Le 26 mars 1906, alors que l'été saharien est déjà proche, le commandant militaire des Oasis quitte Adrar; il passe par ln Zize, Ilafok et la lisière sud du Tanezrouft. Ayant reçu par estafette l'autorisation ministérielle d'aller à Taoudenni et l'ordre d'y faire liaison avec le capitaine Cauvin, des troupes coloniales, il poursuit sa route et passe à Achourat le 8 mai. La région est désertique et déjà les chameaux souffrent de la faim; la marche est rendue encore plus pénible par l'obligation de se déplacer continuellement en garde. Achourat, Anechaye, Taoudenni, c'est la zone que hantent de préférence les bandes Beraber et les rezzous de notre fanatique ennemi Abidine El Kounti; l'un d'eux est signalé dans ces parages.
Les 15, 18 et 19 mai, la colonne croise trois caravanes de sel (azalaï) revenapt de Taoudenni à Tombouctou. Dans l'une se trouve le djakani (1) El Khettari qui connaît bien la route Taoudenni-Adrar et le lieutenant-colonel réussit à le convaincre de l'accompagner.
Le 20 mai, à Hassi Guettara, le détachement rencontre les tirailleurs soudanais du lieutenant Cortier, adjoint du capitaine Cauvin. Comme la liaison devait avoir lieu à Taoudenni le 10 mai, le capitaine Cauvin n'a pu, faute de vivres, attendre l'arrivée des Algériens. Mais il a eu l'heureuse idée de faire reconnaître par son lieutenant la route des azalaï qui passe par Anechaye. Les deux troupes fraternisent quarante-huit heures.
Le 20 mai, le lieutenànt-colonel Laperrine parvient enfin à Taoudenni dont il visite le ksar et les salines mais à peine arrivé il doit songer à repartir. Les animaux sont éreintés et affamés par des étapes très pénibles et le manque de pâturages; plusieurs ont dû être abandonnés et remplacés par des chameaux achetés sur place. La température s'élève rapidement et l'été s'annonce très chaud. Les guerbas des hommes sont en piteux état et fuient; les tonnelets métalliques rongés par la rouille sont à peu près inutilisables. Malgré les achats faits à Taoudenni, le détachement n'est aligné en vivres que jusqu'au 1er juillet. Les renseignements sur la route du Touat sont franchement mauvais."
(1) Djakani: sing. de Tadjakant ; les Tadjakant forment une tribu de caravaniers-commerçants de l'Ouest saharien. (Tombouctou, Mauritanie, Tindouf).
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Notre situation, sans être critique, n'est pas brillante" écrit le lieutenant-colonnel Laperrine, à la veille d'aborder l'Erg Cheche.
Le 1er juin, il repasse à El Biar où les animaux ont pu pâturer un peu pendant la visite de Taoudenni. Le 2, journée très dure, chaleur torride, pâturage nul. Le 5, c'est la fameuse étape vers Tni Haia. L'eau salpêtrée emportée d'El Biar ne déstitleère pas et le peu qui en reste, sursaturé dans les guerbas, est insuffisant; des hommes s'évanouissent. Pour aller au plus vite à Tni Haïa, il faut enterrer tous les impédimenta superflus et c'est la nuit "terrible" du 5 au 6 juin; des hommes se mettent complètement nus sur leurs rahlas. Il faut attacher sur leur chameau ceux qui ne peuvent plus avancer. Le 6 au matin, tout le monde est quand même au puits de Tni Haïa mais l'eau est épouvantable à boire: on dirait de l' "eau de lessive" et elle provoquedes oedèmes; les chameaux ne la boivent qu'à contre-cœur. Il faut cependant séjourner à Tni Haïa jusqu'au 11 juin pour récupérer les bagages laissés en arrière. Dans la nuit du 14 au 15, le détachement arrive enfin à l'excellent puits de Bir Deheb après cinq dures étapes. Le 19, il est à Hassi Ould Brini où il y a un beau pâturage dont on fait profiter les animaux jusqu'au 24. Au moment de reprendre la route du Touat, on s'aperçoit que dix-neuf des meilleurs méhara se sont échappés dans la direction de Taoudenni;: et il ne reste que huit jours de vivres. Pendant qu'une patrouille aux ordres du maréchal-des-logis Kaddour Boulahia part à la recherche des animaux, le lieutenant-colonel Laperrine revoit la répartition des vivres et fait consommer au tir l'excédent de munitions qui l'encombre. Le 28 juin, après le retour des chameaux " déserteurs" c'est le départ vers Bir el Hadjadj. Malgré de beaux pâturages, les animaux souffrent et plusieurs doivent être abandonnés. Le 1er juillet à Bir el Hadjadj, par une chaleur écrasante, il faut vingt-huit heures pour curer le puits. Les vivres étant complètement épuisés on abat pour les manger les animaux les plus fatigués et les méharistes, qui meurent de faim, en font des excès; quatre d'entre-eux s'empoisonnent en dévorant un estomac de méhari à moitié cru et mal nettoyé: les deux plus jeunes en meurent.
Du 3 au 8 juillet, ce sont encore cinq terribles étapes de nuit, hommes harassés, malades, animaux épuisés, égarés. Enfin, le 8 juillet le détachement arrive à Zaouiet Sidi Abdelkader dans le Fouat où il est reçu chez le caïd Brika. Hommes et bêtes peuvent, enfin manger à leur faim, « ce qui ne leur est pas arrivé depuis un certain temps ".
Le lendemain 9 juillet, le commandant militaire des Oasis rentrait à Adrar après cent six jours d'absence ayant fait une des plus pénibles reconnaissances sahariennes.
Malgré les dramatiques difficultés rencontrées, la tournée Laperrine prouvait la possibilité de joindre le Touat au Soudan par Taoudenni au moins en saison favorable et de prêter main forte aux troupes coloniales pour la répression des rezzous.
Le lieutenant Niéger rapportait un levé de deux mille cinq cents kilomètres dont deux mille étaient complètement inédits. De nombreuses observations astronomiques lui avaient permis da déterminer avec une bonne précision vingt-trois points sur l'itinéraire nouveau. Quant au lieutenant Mussel, il établit un très savant rapport géologique qui retint l'attention des spécialistes (1).
L'année suivante plusieurs djiouch, n'empêchèrent pas les reconnaissances dans le Sahara occidental.
(1) Ces deux officiers furent inscrits au tableau d'avancement pour le grade de capitaine. Trois médaijles militaires vinrent récompenser les gradés les plus m.éritants tandis que tout le détachement recevait la médaille coloniale avec agrafe « Afrique occidentale française ..
Le 7 avril 1907, une trentaine de Beraber attaquent une caravane à Tahardaïa entre Guerzim et Kerzaz. Le chef d'annexe qui est en tournée dans les environs poursuit les djicheurs avec sa faible escorte mais doit abandonner la course en arrivant aux montagnes. Le lieutenant Cancel, du Touat, parti d'Oguilet Mohammed et les lieutenants Debacker de la Saoura, et Fischbach des tirailleurs, venus de Beni Abbès poursuivent également mais sans résultats.
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Le 1er octobre 1907, le lieutenant Cancel, commandant le groupe mobile de l'ouest de la com pagnie du Touat, se lance avec vingt hommes à la poursuite d'un djich qui a opéré la veille près de Kerzaz et qui retraite à toute allure. Mais le djich a plus de trente-six heures d'avance et ne peut être rejoint. Le lieutenant Cancel décide alors de rentrer en patrouillant dans le nord de l'Erg er Raoui dans l'espoir d'y rencontrer un autre rezzou signalé dans les parages. Le 3 octobre, il campe au puits d'El Hameida, en bordure de l'erg. Le lendemain à l'aube, il est attaqué par une trentaine de Beraber installés pendant la nuit sur les dunes qui dominent le camp. Pour déloger les assaillants de leurs excellentes positions il ne faut pas moins d'une grande journée de lutte au cours de laquelle se distinguent le maréchal-des-logis Deschamps et le brigadier Fuzibay. A la tombée de la nuit, l'ennemi retraite laissant un mort et emportant quatre blessés qui devaient mourir des suites de leurs blessures. De notre côté, un seul blessé assez sérieux, Mohamed ben Abdelhouahab qui fit preuve de la plus grande énergie et fut proposé pour la médaille militaire (1),
En dehors de nombreuses petites tournées, les officiers de la Saoura et du Touat effectuent én 1907 plusieurs grandes reconnaissances dans le Sahara occidental.
(1) Le lieutenant Cancel fut proposé d'office pour le grade supérieur, le maréchal-des-logis Deschamps pour la médaille militaire et le brigadier Fuzibay pour une citation à l'ordre du Corps d'Armée. Enfin tout le détachement reçut la médaille coloniale.
Le capitaine Martin, commandant la compagnie de la Saoura, constitue une puissante colonne pour reconnaître la vallée de la Daoura.Il part avec un peloton de sa compagnie (lieutenant Debacker) , un peloton du Touat (lieutenant Cancel) et le groupe franc de tirailleurs lieutenant Regnault. Il suit sans incident l'itinéraire suivant: Zeghamra, El Hameïda, Bou Ladham, Hassi Azrar, Tabelbala, Bou Maoud, Ougarta.
Après la traversée de l'Erg Cheche, le lieutenant-colonel Laperrine charge son adjoint, le lieutenant Clerget de Saint-Léger de reconnaître en détail cette région difficile. Saint-Léger y passe sept mois (mars-septembre 1907) et identifie de nombreux puits (Bir el Hadjadj , Bir Moktar, Bir ben Takoul, Bir el Abiodh, Bir Kaddour, Bir Aoun Allah) sur la route Touat-Soudan.
Le lieutenant du Pré de Saint-Maur, du Touat, avec son peloton et trente-cinq tirailleurs du groupe franc Regnault reconnaît la région occidentale des Kem-Kem après être passé par Zeghamra, El Hameïda et Oglet Beraber. Il rentre par Hassi Azrar et Tabelbala.
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