Nos Poilus :
"les Hommes" de Paul Vialar

rédaction du 14.10.2009 : Pour bien comprendre l'ambiance des tranchées, je propose la lecture des lignes qui suivent. Elles sont de Paul Vialar, poilu, auteur de théatre.[ les mots entre crochets sont de limafoxromeo ]

« ...Pour savoir vraiment ce qu’a été cette guerre-là, il faut avoir été soldat de deuxième classe dans l’infanterie[ ]...
« oui je tenais mal sous les obus, aussi fus-je volontaire pour un groupe franc où nous avions tout au moins l’avantage, si nous y faisions des patrouilles et des coups de main, d’être en partie en seconde ligne et traité autrement que l’homme de boue de l’avant. Le combat rapide, les risques pris dans l’action m’allaient : pas le reste... C’est la seule explication honnête de mon choix d’alors qui me valut la Croix de Guerre à 19 ans.
Mais en ligne, au groupe franc, parmi « les hommes » j’appris, fils de bourgeois à connaître ceux-ci. Ils venaient d’un peu partout. Il y avait des paysans de l’Ardèche, des Parigots, petits employés ouvriers, tueurs de bestiaux à La Villette, de Nancy, de Troyes, tous différents et tous pareils : des hommes . »

Paul VIALAR, « Les Hommes » Avant Propos
Edition France Empire, Ceux de 14-18 © 1964

[ les lignes qui suivent sont extraites de cet ouvrage, qui permet de monter cette pièce de théatre:

celle-ci doit figurer dans les archives de l'Institut National Audiovisuel. ]


LaTélévision Française, à l’occasion de la commémoration du 11 novembre et du cinquantenaire de l’armistice, a choisi "les Hommes" pour montrer aux jeunes gens qui n’ont rien connu de cette guerre, pour rappeler aux combattants qui l’ont faite, ce qu’ils n’ont certes pas oublié, mais ce qu’ont été les souffrances des combattants. Cette pièce, qui n’est que ce qu’elle est, je la dédie aux « hommes », aux vrais, capables de subir cela pour une idée, pour défendre leur sol, révoltés parfois, qui ont su demeurer des hommes cependant à travers les pires horreurs devant lesquelles ceux qui savent n’ont pas le droit de se taire mais ont au contraire le devoir de parler, de dire la vérité, rendant ainsi hommage à ceux qui n’ont d’autre droit sur les autres que d’avoir un peu plus souffert mais presque toujours avec l’admirable pudeur de ceux qui ont vraiment combattu : sans jamais en parler. P.V.

[le rôle du caporal d’infanterie, qui a perdu son lieutenant et qui pour « les hommes » reste le seul lien avec l’autorité : celui qui décide ou non de la pause, et de la fin de la pause... ] : ActeI ScèneII.

[Dans la Tranchée: P.V. plante le décor : ] Un élément de tranchée qui va en biais de la gauche à la droite. A gauche, un boyau s’amorce sur la tranchée, boyau qui va vers le petit poste et vers l’avant. A droite un autre boyau (boyau d’accès) débouche ; il vient de l’arrière. Dans la partie qui sépare ce boyau de la tranchée, s’ouvre l’entrée d’une sape. On devine l’escalier, l’échelle qui y descend. Sur la crête, entre le boyau qui va du petit poste et le parapet de la tranchée, réseau de fils de fer barbelés, parapet de sacs à terre. Dans la tranchée même, sur le sol : caillebotis, dans un coin une caisse à savon renversée. Des hommes sont debouts ; ils viennent de sortir de la sape, ils sont avec le sergent qui va les amener presqu’aussitôt pour relever les hommes du petit poste. Les hommes qui montent au petit poste d’écoute finissent de s’équiper. D’autres hommes dans la tranchée, debouts ou assis.

[L’attaque :] Un élément de tranchée : la partie du parapet qui fait face à l’ennemi. De ce parapet couvert par les barbelés, le sol monte en petite pente jusqu'à une sorte de crête qui masque l’horizon.
Le sol passé cette crête, doit descendre jusqu’au ravin que l’on ne voit pas. Presqu’à fleur de crête, au lointain, l’autre bord du ravin.
L’élément de tranchée n’est pas en très bon état, sa partie gauche est même rongée par le cratère d’un 21 qui a fait ébouler le parapet. La tranchée est crayeuse comme celles dénommées « ouvrages blancs » qui existaient entre Carency et Ablais-Saint-Nazaire sur le plateau de Notre-Dame de Lorette.
Nous sommes en 1917, les hommes sont habillés de bleu horizon, ils ont le casque.
Une certaine effervescence règne dans la tranchée.
Du côté des canons, des mitrailleuses et des fusils, silence et calme absolus...
tenue bleue sans le sac, musette, casque et couverture en bandoulière
.... arrivent deux hommes du génie, porteurs de tout un fourniment et surtout de sortes d’échelles spéciales. Ils sont un peu dépenaillés ; des bricoles de toute sorte : fil de fer, fils électriques, grands clous leur sortent des poches, ils ont le casque et des musettes. L’un est grand et maigre, l’autre petit et rond.
.... musette avec six grenades
l’échelle est assemblée (8 par sections)
.... « dans l’ordre.... le fusil-mitrailleur d’abord, et puis les grenadiers (ou avec les outils portatifs)
.... le général est dans le boyau d’accès....
.... vérification de la présence des 6 grenades par homme.
.... « c’est le ruisseau qui est important.
.... » à l’heure H toute la division part ensemble sur 3 kilomètres,
...... » baïonnette au canon
.... « quand je ferai signe, 2 hommes à chaque échelle , l’un derrière l’autre.
..... » oui les chars d’assaut (un tanque) nous soutiennent

[en avant ]
un grand silence
Le lieutenant qui regardait fixement sa montre lève la main et fait un geste : « En AVANT !
le sergent, montant à son tour sur le parapet, suivi par tous les hommes qui se hissent du mieux qu’ils peuvent: « En AVANT !
les hommes ne sont pas plutôt sorti qu’on entend le tac, tac, tac des mitrailleuses.
Dès qu’ils sont à la crête toute proche, ils sont à découverts.
Vaissade, un des derniers avec Chose, est arrivé presqu’à la crête, quand une balle le frappe au ventre. Il reste cloué sur place un court instant
V : « Ah merde alors !
C le voyant hésiter : « Alors ! tu viens ?
Le sergent « En AVANT !
V s’écroule, C le regarde un court instant, mais emporté par le flot des hommes, par l’attaque qu’il doit suivre, il entend juste V murmurer dans une plainte
V : « Ah merde alors !
l’homme blessé à mort continue à dire violemment d’abord puis comme une plainte qui peu à peu s’éteint : « Ah merde alors !....mmm alors ......mmm.....mm.... m.

[Solitude]
c’est la nuit. Demi-clarté, qui ne précise aucun détail, qui ne laisse deviner que des ombres, même pas des silhouettes. C’est le «  bled » chaotique d’entre les lignes, le « no man’s land. »
Barbelés, trous d’obus ou l’eau miroite, lèpre qui ronge les plaines de la guerre. On ne voit pas les hommes qui parlent
Une plainte d’abord
grand temps, pendant lesquels on devine qu’il rampe
... « pourvu qu’on vienne nous chercher... si encore on pouvait marcher, pas, on f’rait quèque chose... mais non, on est comme des noyés perdus en mer ».
Une fusée monte dans le ciel, fusée éclairante et s’y fixe quelques instants, loin, à droite, vers l’horizon.
« ... j’ai mis un paquet de pansement, et puis j’ai serré sous le pantalon et la capote, mieux vaut pas y toucher, c’est tout collé maintenant. »

[la fièvre]... « çà nous a bien foutu par terre, cette guerre, tout de même... Tu vivais par terre, tu mangeais par terre, tu dormais par terre, pour un coup qu’tu te mets d’bout, là on t’rappelle à l’ordre, tu vas crever par terre...
... « d’abord on crèvera pas...çà non...je veux pas.... on crèvera pas... tu veux pas, toi , hein ? »

[la soif]
les envies de ce qui leur ferait plaisir
ils se taisent épuisés, regardent le ciel, puis s’isolent dans leur souffrance.

Chose : « Nous vivions ensemble n’est-ce pas, quand on est de la même escouade...le mêmes cantonnements, les mêmes tranchées.
Vaissade : « les mêmes casernes.
Chose : « la même paille...

[Mais dix ans plus tard, la solidarité du front ne résistera pas au parcours social de chacun... ]

[Notes de lecture effectuées à la Bibliothèque Médiathèque d'Antigone, à Montpellier.]
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