Lettre de Morlaix

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MORLAIX le 30 d'octobre 1763

 

"Réponse au mémoire de Nos seigneurs les Commissaires des États de Bretagne, par les Acadiens, les très fidèles et très soumis sujets du Roi de France.

"Nous rendons de très humbles remerciements à M. et M. des États du mémoire qui nous a été communiqué par Monsieur Gousselain et Monsieur le Maire de cette ville, et après en avoir témoigné notre reconnaissance à MM. Les Commissaires Nous les prions de permettre que nous fassions quelques observations très considérables sur le dit mémoire et de vouloir bien agréer nos humbles représentations sur le même sujet.

".Pour ce qui regarde la solde de 6 sols nous déclarons qu'il nous est impossible que nous subsistions et nous établir si elle ne dure au moins six ans, ce qui nous paraît naturel, l'ayant bien reçue sept ans en Angleterre, des Anglais même qui voulaient bien nous la continuer si nous eussions voulu devenir leurs sujets.

".Pour la reconstruction des maisons, nous pourrons y travailler, mais nous ne savons bâtir qu'en bois et il faudrait au moins un maître maçon à chaque chef de famille, autrement nous serions exposés à périr sous nos édifices qui pourraient tomber sur nous, et nous demandons si nous aurons la propriété de ces maisons ainsi que des terres qu'on nous propose, et si elles passeront à nos enfants et héritiers.

".Pour le boeuf et le cheval au prix mentionnés, ils sont incapables d'ouvrir la terre à Belle-Isle, et outre cela il faudrait au moins une vache, quelques brebis, etc. Pour achever les maisons sans interruption, il peut arriver des cas où il serait impossible.

".Pour ce qui regarde l'expulsion de ceux qui ne pourraient ensemencer leurs terres ou achever leurs maisons dans le temps convenu: à moins que le terme ne soit long, ces conditions sont capables de rebuter tout entrepreneur ou bâtisseur et pour à l'égard d'une seule année de gratification, et le quart de perrée de rente par journal nous trouvons trop, et trop sot, prendre sur de pauvres peuples qui actuellement n'ont rien que leurs bras et un vrai désir de s'établir.

".A l'égard de nous séparer dans les quatre paroisses d'autant que nous n'occuperions pas plus de terrain, nous demanderions à être placé dans une paroisse et tenant, où nous pourrions avoir les meilleures terres avec les mauvaises.

".Finalement, touchant le dernier article du dit mémoire, de nous transporter à Belle-Isle à nos frais, nous osons dire que ce seul article détruit tout le reste, d'autant qu'il n'y a pas un seul de nous capable de le faire.

".Nous prenons encore la liberté de représenter que nous préférerions d'autres endroits dans le Royaume à Belle-Isle pour nous établir, d'autant que Belle-Isle est évidemment plus exposée à l'ennemi et que pour nous être trouvés établis sur des terres en de pareille situation nous nous trouvons dans la triste situation où nous sommes.

".Et enfin, que d'autant que nous sommes un par la protection de son Excellence à Monseigneur le Duc de Nivernois qui nous a promis la protection du Roi et de tout son ministère, nous ne voudrions prendre délibération déterminée sans qu'auparavant nous sachions positivement à quoi la Cour nous destine.

Sont les sentiments de ceux qui ont l'honneur d' être en toute humilité et d'un respect très profond, Nosseigneurs, vos très humbles et très obéissants serviteurs les soussignés, Jos Simon Granger, Jean Hébert, Honoré Daigre, Jean-Baptiste Daigre, Simon Pierre Daigre, Pierre Richard, faisant au nom d'une vingtaine de familles.


Source : Archives Régionales de Bretagne C 5156.

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