extraits de 1918

Au 1er Janvier 1918, le 123ème est aux ordres du lieutenant-colonel ROUCHON
et comprend :
1er Bataillon (1ère , 2ème , 3ème Cies)
2ème Bataillon (5ère , 6ème , 7ème Cies)
3ème Bataillon (9ère , 10ème , 11ème Cies)
le Train de Combat Régimentaire comprend les 3 Cies Hors Rang : 4ème, 8ème, 12ème Cies.

2 Janvier
Journée calme. Rien à signaler.
3 Janvier
Rien à signaler.
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[Plusieurs croquis très détaillés, d’après des fonds de cartes au 1/10 000ème figurent sur le microfilm. Celui du 25 avril 1918 donne l’ensemble des tranchées et dispositif du secteur de CHIRY-DURSCAMP. Y figure notamment le confluent du Canal du Nord avec l’Oise.
Voir série de cartes et croquis personnels d’après relevés de novembre et décembre 2002 au SHAT et sur divers site Internet.(DOC BOUCHER)]
[Sur le microfilm du JMO du 123ème , pour la journée du 30 Avril 1918, figurent en lieu et place de la rédaction manuscrite habituelle, des feuillets dactylographiés transcrits ci-après. ]


18ème CA
35ème DI

123° Régiment d’Infanterie
NOYON-MOULIN de SUZOY-25 au 30 MARS 1918
MONT-RENAUD 30 AVRIL 1918
-- : -- : -- : --
Ordre Général n° 430
Le Général Commandant la III° Armée cite à l’Ordre de l’Armée
le 123ème Régiment d’Infanterie.
oooooo
« Régiment connu par son entrain et sa magnifique tenue au feu. Intervenant dans la bataille dans la soirée du 25 Mars 1918 a, sous les ordres du Commandant NODION, puis du Lieutenant-Colonel ROUCHON, soutenu de jour et de nuit jusqu’au 30 Mars une lutte héroïque pour empêcher toute infiltration et tout débordement d’un ennemi supérieur en nombre, dont la progression fût aussi arrêtée malgré ses puissantes attaques renouvelées sans cesse. Le 30 avril 1918, chargé de la défense d’un point important du front, a soutenu avec la plus belle énergie une violente attaque allemande à gros effectifs, menée en partie par des troupes d’assaut spéciales, précédée par un bombardement d’une extrême intensité par obus toxiques et appuyée par une puissante artillerie. A, par sa brillante contre-attaque, repoussé l’ennemi, lui faisant subir de lourdes pertes dans un combat corps-à-corps de plusieurs heures, capturant des prisonniers, huit mitrailleuses et maintenant intégralement ses positions.
Au QG le 4 juin 1918
Le général Commandant la III°Armée
HUMBERT

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Chapitre I Combats du 23 Mars au 1er Avril 1918
NOYON - Moulin de SUROY
Le 23 mars après-midi le régiment est alerté dans son cantonnement de repos ...
Le 24 mars à 04h.00 le régiment est embarqué...

[ rappel:
le relevé de ce JMO est très fragmentaire: il a pour but de préciser les circonstances des évènements majeurs vécus par mon grand père André Boucher pendant la première guerre mondiale.
...dans les lignes qui suivent , tous les mots entre [ crochets ] sont de limafoxromeo.
...la mise en paragraphes et la présentation du texte dactylographié ont été remaniés pour une meilleure lisibilité]

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Compte-Rendu des événements des 27-28-29-30 Avril 1918

Après avoir arrêté l’ennemi dans sa marche sur PARIS, et résisté à ses attaques violentes pour s’emparer du moins des hauteurs du moulin de SUZOY puisqu’il ne peut faire plus, le 123ème RI devra fournir un nouvel et grand effort : il s’agit de relever au MONT-RENAUD le 57ème éprouvé qui a soutenu valeureusement les assauts furieux de l’ennemi.

Tenir coûte que coûte le Mont-RENAUD. C’est la consigne. Le régiment n’y faillira pas. Le 30 avril, l’ennemi après voir failli atteindre son objectif est vaincu par la résistance et l’allant merveilleux de nos troupes. Il est rejeté dans ses lignes.

 

Le C.R.[Ndr : Camp Retranché] du Mont RENAUD était tenu avant le 30 avril jour de l’attaque par le 1er bataillon( Capitaine Adjudant-Major ECKART) réparti en 3 Points d’Appuis [PA] :
 à droite le PA de la voie ferrée occupée par la 1ère Cie (Cne DARMAYAN) tenant les pentes EST du Mont ;
 au centre, le PA du château occupé par la 3ème Cie (Cne DOROTTE) tenants les sommets et leurs abords immédiats ;
 à gauche le PA de la ferme occupé par la 2ème Cie (Lnt ROBERT) tenant la ferme et la route de VAUCHELLES.
La CM1 [Ndr :1ère Compagnie de Mitrailleuses] ( Cne MOUNIÉ ) assurait les flanquements sur les fronts de ces 3 PA.
Une section STOCKES [Ndr : Section mortier]( Sgt LE VILLAIN) tenait sous ses feux le bois au Nord du Mont-RENAUD.
Le Chef de Bataillon avait comme unique réserve une demi-section de la 3ème Cie auprès du PC Bataillon au Sud du Parc.

A partir de 27 avril et jusqu’au 30 avril, le bombardement sur le Mont-RENAUD va en augmentant.
Les 28 et 29, le Mont est soumis à un violent tir de 210.
Dans la nuit du 29 au 30, l’ennemi dirige sur nos batteries un violent tir d’obus à ypérite. [ypérite: premier gaz de combat employé à Ypres au printemps 1915; mortel ; dit aussi "gaz moutarde" pour son odeur.]

Le 30 avril à 5 heures, il incendie les parallèles [les tranchées parallèles au front] du CR d’une avalanche de torpilles [projectiles] de gros calibres à gaz. A 5h.30 les communications téléphoniques sont coupées, le barrage ennemi se déclenche se fixant pendant 15 minutes sur nos premières lignes, puis progressant jusqu'à la Divette où il se fixe à 5h.45
L’allongement du barrage est pour l’ennemi le signal d’un assaut dont l’élan furieux va le porter en quelques instants jusqu'à quelques mètres du PC Bataillon. A celui qui n’aurait pas vécu au milieu de nos hommes[et] qui n’aurait par conséquent pas su quel cœur les animait, la situation telle qu’elle se présentait à 6h. du matin aurait pu paraître désespérée ! Qu’on en juge : l’ennemi à la faveur d’un bombardement exceptionnel d’obus à gaz, sous la protection terrifiante de flammenwerfer [Ndr: lance-flammes] a pu mettre hors de combat la garnison de la parallèle TUFFERAUD. Il a fait irruption dans la cour du château cherchant à gagner le mur sud du parc. La ferme est entourée. Mais chacun pense que son honneur est engagé sur cette butte du Mont-RENAUD et les traits d’héroïsme se multiplient.
Au PA de droite, une compagnie commandée par le Sous-lieutenant FRISON, seul chef de section restant, blessé et incapable de marcher, résiste aux assauts répétés de l’ennemi qui ne peut réussir à prendre pied dans nos tranchées et qui refoule en désordre sur le passage à niveau.
Au PA du centre, la section de droite tient toujours, les éléments de la 3ème Cie s’accrochent au terrain dans la parallèle CHASSERIAUX. Le capitaine DEROTTE, gravement blessé est cerné dans son PC dont il organise la défense et résiste énergiquement pendant 3 heures.
Au mur du Parc, la liaison de bataillon sous la direction du Capitaine mitrailleur et de l‘officier adjoint( Lieutenant CHARLET) déclenche un violent tir de barrage à la grenade et parvient à arrêter l’avance ennemie.
Au PA de gauche, où la préparation avait été aussi brutale, l’ennemi a pénétré sur la parallèle de la ferme, dans la ferme, et il cherche même à progresser dans le potager. L’extrême gauche, (S-Lnt BIPHOS) tient heureusement et lutte désespérément pour éviter tout débordement. Le Cdt de Cie ( Ltn ROBERT), cerné dans la ferme avec ses liaisons et quelques hommes organise la défense et arrête par les feux de ses FM toute progression de l’ennemi par le potager et la cour- et tient ainsi pendant 8 heures.
Ces combats se livrent dans une atmosphère viciée par les gaz. Les combattants luttent avec le masque. Beaucoup tombent épuisés, pour ne plus se relever.
Le chef de bataillon lance à la contre-attaque sa demi-section de réserve pour tenter de délivrer le PC DEROTTE. Mais des renforts sont nécessaires : l’ennemi est contenu, il s’agit de le refouler.

A 7h. le combat se poursuit avec toute son âpreté et bientôt les défenseurs du Mont-RENAUD peuvent voir les premiers éléments de la compagnie de contre-attaque(Cie BOYER) partie de PASSEL gravir les pentes du Mont-RENAUD sans arrêt, à travers l’ouragan de feu qui s’abat sur elles et d’un élan, mais en ordre, se jeter dans la mêlée : un peloton dans le boyau BERCHON-boyau BECKER, une section vers la tour, une section boyau ROBERT.[boyau: tranchée de communication qui permet d'alimenter les parallèles depuis l'arrière]
Le peloton de contre-attaque à droite réussit vers 9h. à délivrer le Cne DOROTTE mais ne peut dépasser la Chapelle où l’ennemi se maintient solidement. Les sections de la tour et du boyau ROBERT sont arrêtées dans leur élan à 100 m. au Nord du PC CAUNIER et se fixent au terrain où elles ont de lourdes pertes. A droite, l’ennemi exploitant sa position à la TOUR, tente de progresser par le Potager mais en vain.
Le canon STOCKE du PC CAUNIER fait barrage entre les Communs et le Château.
A 9heures le bombardement ennemi continu toujours, extrêmement violent. L’ennemi cherche à progresser à droite en s’infiltrant entre la voie ferrée et le canal, menaçant un moment très sérieusement l’extrême droite.
Pris à partie par une concentration de feux de FM et de KB [grenades ), puis repoussé par nos grenadiers sa tentative ne pourra réussir. D’autre part la lutte se poursuit autour du château et le Ltn ROBERT continue son héroïque défense dans la ferme, autour de laquelle on trouvera en fin de combat 52 cadavres ennemis.
A 10h., devant la résistance ennemie s’affirmant de plus en plus sur le front Tour-Château-Chapelle , et après un nouvel essai de contre-attaque par les boyaux BERCHON et BECKER, le chef de Bataillon demande l’intervention de 2 Cies nouvelles, une pour agir sur le Plateau, l’autre pour dégager la Ferme .

A 11heures, la 9ème Cie (lieutenant GARCIA) est envoyée pour opérer le mouvement ci-dessus et commencer l’opération. Son chef dresse rapidement son plan : une section boyau BERCHON, une section boyau BECKER, une section soutien-ravitaillement (la 4ème est allée à droite renforcer la 1ère Cie, toujours menacée sur sa droite.) La 10ème Cie doit soutenir ce mouvement au fur et à mesure de l’avance. La résistance ennemie, très vive, sera vaincue. La contre-attaque qui a pour objectifs les Communs et [le parallèle TUFFERAUD atteint le carrefour LESGOIRES vers 13h. mais ne peut s’y maintenir. A gauche, le Lieutenant ROBERT avec l’aide d’un peloton du 57ème RI que le colonel BUZY avait envoyé, après avoir nettoyé la cour de la Ferme, réussit à se dégager et à rétablir sa liaison avec la section de gauche (Aspirant GOIZET et Sous-Lieutenant BIPHOS).
La 9ème Cie contre-attaque alors une seconde fois avec les éléments de la 3ème et réussit vers 15h. à reprendre définitivement les Communs et LESGOIRES tandis que le [canon STOCKE fournit un feu nourri sur TUFFEAUD.
A 15h.50, les éléments de la 9ème Cie dépassent LESGOIRES. La partie est gagnée.
La 9ème Cie dégage le parallèle TUFFERAUD à 16h.50 tandis que la 2ème Cie contre-attaquant par le parallèle de la ferme et par la cour, dégage elle-même et reprend sa première ligne.
A 18h.00, la situation est entièrement rétablie.

A 14h.50, le Chef de Bataillon RODION commandant le 3ème bataillon avait pris le Commandement du CR du Mont-RENAUD.
Le sacrifice total des troupes de la défense, leur confiance tranquille dans l’aide qu’ils attendaient de leurs camarades, la rapidité de la contre-attaque, la continuité de ses efforts, le merveilleux allant dont les troupes qui l’exécutaient ont fait preuve, ont permis de rétablir une situation devenue critique, que l’ennemi n’a pas su exploiter. Le canon STOKES a donné de merveilleux résultats. Le ravitaillement en munitions a été parfait et son exécution rapide et méthodique sans arrêts sous les barrages les plus violent a fait l’admiration de tous. Nos lignes rétablies dans leur intégrité, 109 cadavres ennemis dénombrés sur le terrain, 2 prisonniers, 5 mitrailleuses dont 3 lourdes, 2 flammenwerfer et de nombreux grahaternwerfer, tel était le résultat de cette journée qui nous coûtait il est vrai des pertes sensibles (1) mais qui confirmait une fois de plus mes hommes dans cette conviction qu’ils sont invincibles « ceux qu’animent la grande âme de la Patrie »

A l’armée, le 5 Mai 1918
le Lieutenant-Colonel ROUCHON Commandant le 123° RI

 (1)10 officiers, (8 blessés, 2 tués)
359 hommes
50 tués,125 blessés
126 intoxiqués, 58 disparus.


Note
Le 2ème Bataillon, Bataillon MAUGET, cantonné à PIMPREZ, en réserve de l’Infanterie Divisionnaire eût dans le combat du 30 avril, une part modeste mais très pénible et d’une grande importance.
Ses compagnies mises successivement à disposition du lieutenant-colonel commandant le secteur, au fur et à mesure que les compagnies du 3ème bataillon étaient lancées à la contre-attaque, viennent occuper les parallèles des réduits de PASSEL et de CHIRY. Elles durent se porter en toute hâte, masque en tête, à travers une région inondée d’ypérite, occuper pendant toute la journée du 30 avril, sous un bombardement violent, puis pendant la nuit du 30 avril au 1er Mai, des emplacements arrosés d’obus toxiques, et dans la nuit du 2 mai, relever dans les conditions les plus difficiles les unités du Mont-RENAUD. Enfin une section de la 6ème Cie dût même être engagée dans la journée du 30 pour soutenir la droite de la 1ère Cie vers le canal.
Les pertes de ce bataillon, du fait des gaz et des bombardements furent très sérieuses, et il fit preuve du plus esprit d’entrain, d’abnégation et de sacrifice.

[Fin des feuillets dactylographiés insérés dans le microfilm en lieu et place des lignes manuscrites.]

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